Après les aventures très « Guerre froide » du cadet de la famille Pelletier de l’autre côté du rideau de fer, le dernier opus de Pierre Lemaitre, les Belles promesses, s’inscrit au cœur des « trente glorieuses », marquées par l’avènement du « tout automobile », les grands chantiers d’urbanisme. Tandis qu’autour de Paris, on construit un très impressionnant boulevard périphérique, les campagnes, elles aussi, font leur révolution, à coups de remembrement et de concurrence exacerbée entre coopératives naissantes et toute puissance de la fédération agricole.
S’agissant des Pelletier, on est en 1963 et c’est « Bouboule », l’aîné de la fratrie, qui est au cœur du récit familial. Bouboule, anti-héros parfait, dont on va mettre en scène l’héroïsme, alors qu’en fond se fait entendre la petite musique inquiétante de ses insuffisances et des crimes pulsionnels dont il s’est fait l’auteur dans les opus précédents.
Faut-il y voir une métaphore des sirènes illusoires de la modernité, célébration des grandes avancées des modes de vies, qui masquent luttes sociales, calculs politiques et mesquineries sordides.
Un beau roman, plein d’humour, qui fait la part belle à la médiocrité glorieuse, aux obsessions savoureuses et à l’intelligence suprême du chat Joseph.
